Les municipales et les cantonales viennent de se terminer, et le résultat est sans appel.
La droite n'a pas utilisé le fameux Decolor Stop© qui permet à la pôvre blonde de la pub, de montrer à sa mère qu'on peut laver les couleurs ensemble, sans qu'elles ne déteignent...
Bref, suite à cette terrible faute, les couleurs ont bavé, et le linge a changé de couleur, entendez par là, la carte politique de notre pays.
Non pas que cela m'empêche de dormir, non, j'ai d'autres préoccupation que la couleur politique des départements et communes françaises...
Mais ce qui me titille, c'est cette versatilité toute française, cet inexorable besoin de se balancer d'un pied sur l'autre, comme un ado devant son premier rendez-vous.
Je ne vois pas dans cette inversion de polarité autre chose que l'inconstance politique dont peuvent faire preuve les français.
A qui la faute ?
Petit rappel historique ...
Les électeurs se décomposent en 4 groupes
- Les militants, convaincus de la première heure, encartés et toujours prêts à venir boire un coup au QG de c(h)ampagne
- Les abstentionnistes, qui pensent encore que de rester manger le gigot du dimanche midi avec maman, va influer sur la politique.
- Les "blancs". Cousins proches des abstentionnistes, ils ont (quand même) compris qu'il fallait se déplacer pour s'exprimer, ne fût-ce que de cette façon.
- Les girouettes, qui suivent souvent - mais pas toujours - le sens du vent (entendez par là, les consignes de vote).
Ces 4 types d'électeurs représentent de 50 à 85% des inscrits selon le type d'élection, la météo, le programme télé...
A qui la faute donc ? Aux électeurs ? Que voilà un raccourci un peu facile...
Un électeur, c'est quoi ?
À la base c'est une personne qui participe à une élection en votant (d'après le dictionnaire).
En finalité, c'est une personne sensible, versatile, à la fois très déterminée et instable. A côté, la nitroglycérine ferait presque pâle figure, et ça les hommes politiques l'ont bien compris...
Ils caressent donc l'Électeur dans le sens du poil, lui dédient leur programme, le chouchoutent, l'invitent à faire un trajet en voiture avec eux, le giflent parfois, et l'insultent (ah non, pardon, il faut attendre d'être élu pour ça...).
Le problème résiderait plutôt dans la confusion qui règne au niveau politique.
Je m'explique, et pour ce faire, je vous livre une des dernières déclarations de François Bayrou, le soir de l'annonce de sa défaite à la magistrature suprême de Pau :
« Comme vous le dites depuis presque une heure, on assiste à une vague de gauche énorme, qui a emporté un très grand nombre de villes. Cette vague est une preuve de plus de l'instabilité de la vie politique française. Tant qu'on n'aura pas dans la vie politique française un centre fort, stable, des institutions qui permettent à tout le monde de se faire entendre, on aura ce mouvement de balancier d'un bord sur l'autre. »
Évidemment, il prêche pour sa paroisse, ne soyons pas fous...
Mais n'y aurait-il pas un fond de vérité dans cette lie politique actuelle ?
Depuis 1981, et l'arrivée pour la première fois de la Vème république, de la gauche au pouvoir, le grand jeu des français a été de vouloir le beurre et l'argent du beurre, ou plus politiquement correct, l'alternance.
Résumé :
- 1981-1986: Politique d'ultra gauche, avec nationalisations, dévaluations, mais aussi 4ème semaine de congés payés, augmentation du smic, mais aussi explosion du nombre de chômeurs et de la dette publique.
- 1986-1988: Sanction des français aux législatives, et apparition de la 1ère cohabitation. Habile manœuvre de Tonton, puisque 2 ans plus tard, il réussit le tour de force de faire porter à son premier ministre le bilan de son septennat...
- 1988-1993: Réélu, il dissout immédiatement l'Assemblée Nationale, et nomme Michel Rocard. De là s'ensuit une politique de gauche beaucoup moins incisive, car la majorité obtenue par la gauche est bien moins importante que celle recueillie en 1981. Beaucoup d'inaugurations, quelques lois significatives, mais on a un peu l'impression qu'il expédie les affaires courantes.
- 1993-1995: Le déclin annoncé en 1988 se confirme par une écrasante victoire de la droite aux législatives. Balladur est nommé 1er ministre. Retour à une politique de droite, fin du «ni-ni» (ni nationalisation, ni privatisation), et donc retour des privatisations. Retour aussi des «affaires» (OM-VA, sang contaminé, suicide de Bérégovoy, affaire Schuller-Maréchal,...)
- 1995-1997: Fort de sa popularité, Balladur pense qu'il est légitime qu'il soit porté à la présidence... Éliminé au 1er tour par un Chirac plus en forme que jamais, ce dernier bat Jospin au 2nd. Juppé, nommé 1er ministre entame une politique de rigueur destiné à préparer la France au passage à l'Euro, en diminuant l'endettement publique. Mais il se heurte à une fronde massive des fonctionnaires durant l'hiver 1995. A bout de souffle, le gouvernement Juppé n'en peut plus. Mal conseillé et sûr de lui, Chirac dissout l'assemblée nationale avec un an d'avance sur l'échéance prévue. Geste maladroit et incompris, il aboutit au renouveau de la gauche à travers Lionel Jospin et sa gauche plurielle.
A peine 2 ans après avoir élu un président de droite pour la première fois depuis 1981, la France bascule à gauche pour la plus grande cohabitation de son histoire, 5 ans, la durée du nouveau mandat présidentiel. Ironie de l'histoire ?
Ce petit rappel historique, que nul n'ignorait cependant, ne sert qu'à une chose. Démontrer, si besoin était, le besoin quasi viscéral des Français de s'assurer d'avoir le meilleur des deux mondes.
Le protectionnisme social de la gauche et le libéralisme économique de la droite, la rigueur économique (annoncée) de la droite, et les largesses sociales de la gauche, bref, le beurre et l'argent du beurre.
Ce système a tellement perverti notre monde politique que les dirigeants de gauche ont de discours de droite et que la droite au pouvoir avait sérieusement tendance ces dernières années à copier les idées de la gauche...
Les français n'arrivent plus à faire la différence entre ces 2 camps que les idées opposent mais que les faits rapprochent.
Plus étonnant encore, la critique des idées vient de l'intérieur du camp qui les a émises. Certaines personnalités de gauche sont parfois plus à droite qu'elles ne le pensent comme Ségolène Royal puis DSK qui ont critiqué les effets des 35h ou plutôt l'insuffisance d'effets (parfois assez vertement, comme l'avait fait Mme Royal).
Certaines personnalités de droite sont parfois plus à gauche qu'elle ne le voudrait, et du coup « débordent » de leur pré-carré. Lors des municipales, certaines personnalités de l'UMP se sentant « proches » de certains candidats de gauche leur fait allégeance... Mal leur en a pris, ils ont été immédiatement suspendus...
Rapprochement gauche/droite, oui, mais uniquement pour soutenir la droite, sinon...
La droite et la gauche, si symboliquement séparées de part et d'autre de l'hémicycle, ne sont en fait plus si éloignées que ça. Pire, elles ne sont même plus séparées par le centre, ou ce qu'il en reste.
François Bayrou a dilapidé son capital présidentiel en l'éparpillant au gré de ses sympathies ou affinités.
Le résultat des ces dernières élections locales ne saurait être un désaveu de la politique gouvernementale. Il est encore trop tôt pour en juger.
C'est plutôt un désaveu de la politique tout court.
En 2002, au 1er tour de la présidentielle, les français n'étaient pas devenus Lepenistes subitement, par folie. Non, mais ils avaient simplement voulu rejeter Jospin, ne mesurant pas là, le risque qu'ils faisaient encourir à la république. Risque mesuré certes, mais certains ont avoir des sueurs froides au soir des résultats.
Faute d'avoir une vraie opposition et un centre qui tient la route, les français en sont réduits à sanctionner non plus par l'abstention (le 21 avril 2002 leur a fait peur), mais par le contre braquage électoral.
Mais en finalité, et c'est l'ironie de l'histoire, ils sont les premières victimes des pièges qu'ils tendent à leurs hommes politiques... En voulant influer sur la vie politique nationale, ils interviennent sur la vie politique locale, qui les concernent au premier plan, et qui n'a que peu de rapport avec les hautes sphères du Palais Bourbon.

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