J'ai actuellement l'occasion de participer à un programme ambitieux financé par le Conseil Régional d'Île de France (CRIF).
Il s'agit, à travers un cursus accéléré mais complet et de qualité, de réconcilier les jeunes en marge du système scolaire.
Le programme est varié, même s'il est orienté informatique. Cela comporte également de l'anglais, du français, des techniques de recherche d'emploi, et même de l'analyse transactionnelle et comportementale.
A la fin du cursus, après un stage et un examen, ils peuvent espérer obtenir un diplôme d'Etat délivré par le Ministère du Travail, leur permettant soit de poursuivre leur cursus dans une école demandant un diplôme d'entrée, soit continuer le cursus offert par le CRIF, soit bénéficier de l'obtention de ce diplôme pour le faire valoir auprès d'entreprises pour lesquelles ce sésame est devenu quasi indispensable.
A cette fin, l'école pour laquelle je travaille a réuni un panel de formateurs varié, issus de mondes aussi divers que la formation, l'université ou le monde du travail.
Ces professionnels que nous sommes apportent, chacun avec leur méthode, des pierres à l'édifice, charge à l'équipe pédagogique de construire une formation adaptée.
La vie serait belle si tout allait de soi.....
Le problème est la suivant : les élèves/stagiaires que nous formons sont des rescapés du système (éducatif, judiciaire, communautaire...).
La (ré)insertion dans le monde normé de l'école et de l'entreprise ne se fait pas sans heurts ni sans mal.
Mal ou peu habitués aux règles et aux codes, ils essaient de louvoyer en reproduisant le mode de fonctionnement qui est le leur dans leur vi(d)e de tous les jours.
Alors nous partageons notre énergie entre enseignement, baby-sitting, police et psychologie....
Les plus calmes (mous ?) pètent les plombs sans raison et les gros durs fondent parfois en larme ce qui est assez déconcertant....
Ce qui m'attriste dans tout cela, c'est qu'ils ne se rendent pas compte (certains, si) de la chance qu'ils ont - non pas de nous avoir, je n'irais pas jusque là - d'avoir à leur disposition une équipe pluridisciplinaire, motivée et disponible pour les écouter, les aider, les aiguiller, voire finalité ultime, les former.
J'ai l'impression qu'ils se disent que c'est normal, que le système va encore une fois les aider, que l'Etat Providence va pourvoir à leurs manques, et que tout va continuer comme ça....
Je me dis que c'est un double gâchis; pour eux tout d'abord, qui n'auront pas forcément une nouvelle chance comme celle là, et surtout pour les nombreux demandeurs en liste d'attente, que nous n'avons pu retenir, faute de choix assez avertis ou pertinents....

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